Avec l’aumônière au temps des cerises

HUMEUR DU JOUR

AVEC L’AUMÔNIERE AU TEMPS DES CERISES

J’entends déjà les commentaires, aurait dit Reggiani.
Dans une chronique passée, je soulignais l’importance du titre dans tout écrit, vu que c’est lui qui va insuffler ou non l’envie de lire. Eh oui! Toujours les préliminaires. Le secret en tout, c’est de donner envie, vous dis-je, voila la belle affaire.
Je disais donc que ce titre pouvait susciter, voire être propice à tous les commentaires : c’est quoi cette affaire d’aumônière? C’est où? C’est quand? Comment? Dans quel cadre? Pourquoi? Et pour quoi?…
Et puis tant qu’on y est, de là à se rappeler le calvaire des bonnes soeurs rappelé ces derniers temps par les médias, le pas est vite franchi.
Quand, même dans la maison de Dieu se passent des choses pas catholiques, il est légitime de se poser des questions.
Est-elle brune ou blonde? Cheveux raides ou frisés? Petite ou grande? Mince ou dodue et lascive?…Et puis le lien avec le temps des cerises?
L’HUMEUR d’aujourd’hui se propose précisément de démêler les fils De l’affaire.

1 – Ne cherchez pas trop, c’est en centre de détention à Aix-En-Provence que les choses se passent, dans le cadre de ma formation sur les fondements des valeurs républicaines.
En général, j’aime bien arriver avant les détenus, disons une demi-heure.
Cela me laisse le temps de griffonner quelques lignes, noircir une ou deux pages; je tiens une sorte de journal ou j’évoque l’état d’esprit du moment, en faisant toujours référence à l’actualité.
En fait, je donne libre cours à mon imagination à partir des faits réels, c’es ça la trame.

2 – J’étais sur ma tâche lorsqu’une dame, l’allure alerte, une tête très avenante, cheveux en l’air, et d’un âge certain, m’aborda.
Elle était belle d’une beauté dont seule dame nature pouvait avoir le secret. Je n’en dirai pas plus sur ce chapitre.
– Elle : Vous êtes l’intervenant sur les valeurs républicaines?
– Moi : oui!
– Elle : Je me présente , je suis l’aumônière, j’interviens auprès des détenus avec des personnes d’autres cultes, juif, musulman, boudhiste …
– Moi : je suis au courant de ce type d’activités; l’un de mes meilleurs amis qui n’est plus de ce monde était aumônier, c’était un protestant
– Elle : Je voulais vous demander un service, apparemment, elle savait tout de moi, ça c’est les femmes, rien n’est laissé au hasard, c’ est à dire tout le contraire de moi
au lieu de passer en cellule pour informer individuellement les détenus de notre intervention, j’ai pensé que cela pouvait se faire en groupe, lorsqu’ils sont déjà en activité. J’aurais besoin de dix à quinze minutes pour ce faire., j’espère que cela ne vous dérange pas trop
– Moi : Pas de soucis madame, vous pouvez même prendre trente minutes. Vous savez, nous travaillons dans la même perspective : rendre plus vivable la détention et , au-delà, donner de l’espoir à des gens que j’ai l’habitude de désigner par « accidentés de la vie » et qui ont besoin d’un regard qui les humanise, voir même les valorise.
C’est donc parti sur les chapeaux de roue, en général, je n’aime pas tourner autour du pot, je suis tout de suite dans le coeur du sujet.
– Elle me relance, ayant compris ma disponibilité : merci bien! Et est-ce que je peux assister à votre formation d’aujourd’hui?
– Moi : Avec plaisir, soyez la bienvenue.
Ainsi donc, elle participa à ma prestation dont j’ai rehaussé le niveau cette fois-ci.
Ravie du moment passé en notre compagnie, elle me glissa à la fin : je peux participer une autre fois? J’ai acquiescé, elle était heureuse.
Elle a particulièrement apprécié mon approche de la laïcité que je décline à partir des tentatives mêmes de sa remise en cause que j’appréhende en général à partir de trois questions : la confusion sphère privée/sphère publique; la neutralité de l’Etat dans les faits; le statut des différences en pays laïque.

3- Il n’a échappé à personne que nous étions au printemps, même si le temps est très déréglé, perturbé, et a perdu son cycle normal des saisons, le réchauffement climatique est passé par là. Et que les cerises sont sur le marché.
En ces temps de révolte/révolution, « le temps des cerises », chanson devenue le symbole de la liberté de penser, m’est venue naturellement à l’esprit. La version duo Mouloudji/ Nana Mouskouri m’enchante.

J´aimerai toujours le temps des cerises
C´est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et Dame Fortune, en m´étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur

Et plus près de nous, j’adore la chanson « l’amour est cerise » de Ferrat :

Autant qu’il nous semble
Raisonnable et fou
Nous irons ensemble
Au-delà de tout
Prête-moi ta bouche
Pour t’aimer un peu
Ouvre-moi ta couche
Pour l’amour de Dieu

Et la fin de l’histoire avec l’aumônière? On reste sur notre fin.
Sans fausse pudeur, j’aurais voulu vous rapporter :

 » Elle m’a dit d’un ton sévère
Qu’est-ce que tu fais là?
mais elle m’a laissé faire
les filles c’est comme ça »

Ou si vous préférez

« Je l’ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins
Et puis l’amour a fait le reste »

Mais rien de tel n’a eu lieu, je n’aime pas le mélange des genres. une autre fois peut-être?

Tout le monde descend, j’ai terminé mon histoire

Une bonne ascension vers Dieu, ou vers votre ciel!

Au prochain voyage!

par Khaled Slougui

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