Des effets du confinement

Des effets du confinement 27/03/2020

J’ai bien l’impression de ne pas avoir eu tort de ne pas limiter les effets de ce virus de merde au seul aspect physique : l’affolement de la température, la congestion des poumons, l’altération de tout l’appareil respiratoire…
Et de penser également aux conséquences funestes sur l’aspect psychologique : on ne réfléchit plus, on ne prend plus d’initiative, on perd toute envie, y compris celle de s’exprimer, de marquer son opposition, de s’affirmer …etc. Ainsi, le devoir l’emporte sur l’envie. On subit les évènements, et le sentiment d’impuissance est terrible.
Et le temps qui s’écoule de façon impassible, irrésistible, impose sa loi.
En scrutant les réseaux sociaux et les sous-entendus qu’ils charrient, je remarque, non une résilience découverte tout soudain par les merdias, toujours en retard d’une bataille. Mais plutôt une fatigue, une forme d’épuisement et de lassitude, un émoussement de la résistance, de la détermination à lutter…
En un mot, les gens n’en peuvent plus, j’en suis; et nous n’en sommes qu’à la veille des deux semaines. Selon les prévisions les plus optimistes, il resterait encore quatre semaines à tirer.
Bref, faute d’inspiration, je me rabats sur deux petits billets publiés par le passé; c’est pour moi une façon de lutter contre une certaine forme de décrépitude, au sens intellectuel s’entend, et d’abandon de la partie.
Non, je ne me soumets pas, c’est la rançon du délire, or, j’ai bien l’intention de persister dans mes délires.
Voici donc :

HISTOIRE DE PHILOSOPHER
Hier, j’ai abordé une histoire dont je me suis rappelé en lisant « échos d’une autobiographie » de Naguib Mahfouz.
L’enfance, la rue, le rêve, l’amour, les femmes, les enseignements du maître soufi, la naissance et la mort…Sont autant de thèmes qui ont jalonné le parcours de cet écrivain hors normes. Il en résulte pour nous, naturellement, un enchantement qui sonne comme une invitation à philosopher.
J’ai choisi deux fragments pour ce faire :
1- « Qui possède la vie et la volonté est en possession des biens véritables, et l’homme le plus pauvre possède la vie et la volonté ».
2- « Qui pourra un jour prouver que le bonheur est une réalité vivante, et non pas un rêve ou une illusion? »
Vaste programme pour exciter « l’ordinateur neurophile qui nous sert de cerveau » (FERRE).

JE T’AIME TANT…
Avant d’aller à ma formation en centre de détention, j’écoute Aragon, un poète qui a supprimé toutes les frontières, à en croire Jean D’Ormesson; en effet ses fans se recrutent partout. Une des chansons que j’ai écoutée des milliers de fois, c’est « je t’aime tant »; bien sûr, chacun peut fantasmer à sa façon. Mais, pour moi, il est un passage qui me prend aux tripes, peut être parce que j’avance dans l’âge : « Il me reste si peux de temps pour aller au bout de moi-même ».
L’autre chanson qui est aussi l’un des plus beaux poèmes, c’est celui mis en musique par Brassens « il n’y a pas d’amour heureux ». Il comporte une sentence à laquelle personne ne peut échapper, les jeunes en particulier devraient la méditer « le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ». C’est pour ça que la merveille est dans l’instant. La musique adoucit les moeurs, dit-on.

par Khaled Slougui

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