Du besoin d’impertinence

DU BESOIN D’IMPERTINENCE 03/04/2020

Jupiter va intervenir ce soir, c’est l’occasion pour les journaleux d’anticiper dans leurs merdias tous les scénarios envisageables, de ceux empreints d’un minimum de vraisemblance, aux plus saugrenus et farfelus, il n’y a là rien de nouveau sous nos cieux.
Sans être devin, je suggère de revenir à la quintescence même du programme de Jupiter : prolongement du confinement comme seule solution pour palier les manques de moyens en tous genres et la gabegie du politique; poursuite du plan de casse de la santé publique par une privatisation à outrance; faire payer aux travailleurs la crise en les invitant aux habituels sacrifices, plus de flexibilité, plus de taxes, moins de droits et de protection…
Dans pareil contexte, le peuple, n’a qu’une arme : l’opposition, la contestation, le refus, la rébellion…C’est l’objet de mon délire d’aujourd’hui.
Voici donc :

DU BESOIN D’IMPERTINENCE

Un ami qui m’a bien compris a réagi en ces termes à mes délires : « un affreux contestataire, l’ami Khaled », j’ai pris ça pour le meilleur compliment qui puisse m’être adressé.
Du coup, j’ai décide de perdurer sur ce registre, au moins pour quelques publications et pour quelques temps, en attendant le déconfinement qui peine à arriver.
Il m’arrive de piquer le titre de mes chroniques chez des écrivains ou des poètes et chanteurs que j’aime, tout en précisant à chaque fois l’auteur. Le plagiat, je ne connais pas, je ne suis pas une fripouille.
Celui d’aujourd’hui, je l’ai pris chez Bernard Pivot dans un livre que je consulte régulièrement : « Les mots de ma vie ».
J’étais curieux de savoir quel sort il réservait au mot polysémique « impertinence ».
Bernard Pivot, faut-il le préciser, fait partie de ces journalistes qui sont en voie de disparition, s’ils n’ont déjà tragiquement disparu, qu’ils interviennent à la radio, la télévision ou dans les journaux papier. Ne serait-ce que de ce point de vue, c’était mieux avant.
Un jour, en 1970, il a été sollicité par le directeur d’Europe 1 de l’époque pour créer une chronique matinale « gaie, légère, qui apporterait aux éditeurs trois ou quatre minutes de détente ». Il ne se creusa pas la tête pour trouver le titre; il se contenta de « chronique pour sourire ». J’ai toujours dit : « la beauté est dans la simplicité ».
Et tous les matins, à part le week end, « en direct à l’antenne et, qu’il fasse soleil ou qu’il pleuve sur Paris ou dans son coeur, il devait faire sourire les auditeurs entre huit heures et huit heures et demie ». Il précise :
« Très vite, je me suis aperçu que c’était d’impertinence que les auditeurs avaient besoin ». Impertinence qui consistait pour lui à « montrer de l’irrévérence vis-à-vis des puissants et des idées à la mode. S’amuser des ridicules du moment, des tics de langage, des tentatives d’esbroufe, des manifestations d’autorité, des divagations de zozos ou de prophètes… ».
C’était pour lui une impertinence modérée qui était à mille lieues de l’insolence radicale, de l’irrespect, de la méchanceté des chroniqueurs humoristiques et des imitateurs d’aujourd’hui.
Et comme l’histoire se répète, son impertinence a entraîné le courroux du puissant du moment , un certain Georges Pompidou, ou si l’on veut un Jupiter de l’époque. « Comme de bien entendu », il demanda son éviction d’Europe 1.
Dans mon cas, Jupiter sera impuissant à demander quoi que ce soit. Je ne figure sur aucun listing, ni n’occupe quelque fonction reconnue par la chancellerie. Je suis un parfait anonyme et cela me sied à merveille.
Il faut quand même reconnaître que le contexte créé par le mouvement des Gilets Jaunes, celui contre la réforme des retraites, celui actuel de la crise générée par le « Corona Merdus », et les réactions suscitées au sein du pouvoir et, au-delà, chez les courtisans et les collaborationnistes, pour parler comme Michel Onfray, sont très propices, à la critique, à l’objection, au désaveu même.
L’on aurait voulu que Jupiter et ses ouailles fussent animés de cette impertinence qui fait sourire, au lieu de provoquer colère, rejet et haine.
Le mépris engendre le mépris et la violence entraîne la violence, cela est une vérité de toujours.
Je confirme, « impertinence » est l’un de mes mots préférés de la langue française; comme le mot « délire » que j’ai évoqué régulièrement.
Si je voulais la définir à ma façon, je dirais que : « l’impertinence, c’est la noblesse du délire ».

Une confidence : quand je ne suis pas bien, je me réfugie dans les aphorismes de mon pote « Khalil GIBRAN »; cela me fait un bien fou en me réconciliant avec moi-même.
J’ai envie de partager avec vous quelques uns :
– L’éloquence est la tromperie de la langue pour l’oreille, mais l’art de persuader consiste dans la transmission d’un coeur à un autre ».
– Trois choses que j’aime dans la littérature : la rébellion, l’originalité, et l’abstraction.
– la vérité de la musique est dans ce frissonnement qui persiste dans tes oreilles après que le chanteur s’arrête et que le musicien cesse de gratter ses cordes.

Putain! Je n’en peux plus du confinement, à l’aide!!!

par Khaled Slougui

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