Eloge de l’imprévu

HUMEUR DU JOUR

ELOGE DE L’IMPREVU

Il est des jours comme çà, où rien ne se fait comme de coutume : le rythme habituel est contrarié; il n’y a pas de respect des horaires; ça commence d’une façon et l’on ne sait pas comment ça finira; on est sur l’instinct et non sur le programme établi. Bref! On est dans l’imprévu, et rien ne m’enchante davantage; c’est pourquoi j’en fais l’éloge. L’HUMEUR de ce jour s’attache à décrire ma journée d’hier qui était totalement improvisée, une journée merveilleuse de douceur, d’échanges, de spontanéité et de proximité; et où il n’y avait de place que pour « l’impromptu ».
On embarque.

Primo : pour qu’une journée pareille fût possible, celà nécessita qu’une personne s’attela à la manoeuvre, et qui mieux que mon ami Mustapha?
En réalité, ma journée était partie sur des emmerdes à n’en pas finir, qui ont le don de m’agacer, et pour cause. Cela fait dix jours, ma carte bancaire a été avalée par le distributeur. Et de jour en jour, je me retrouve dans une situation ingérable.
Hier, j’ai décidé de tirer l’affaire au clair avec mon conseiller.
Vers les coups de dix heures, je me suis pointé à la banque, et j’attendais mon tour, il y avait foule, quand le téléphone sonna, c’était mon ami Mustapha.

Secundo : Je suis superstitieux! Je crois à la scoumoune; autant certains coups de fil m’apaisent et sont en général porteurs de bonnes nouvelles, et de sérénité. Autant quand j’en reçois d’autres, je me dis que ma journée est fichue, et qu’il ne faut surtout pas tenter quoi que ce soit; il faut laisser passer la tempête.
Mustapha rentre dans la première catégorie, aucune crainte donc, la journée s’annonce bien.
Au bout du fil, sur un ton autoritaire, il m’interpelle :
– Où tu es?
– Je suis à la banque pour régler le problème dont je t’ai parlé.
– OK, je suis garé à la Place Félix Baret, quand tu termines, tu me rejoins.
A onze heures, on se retrouve. Entre-temps, il avait fixé RV à un ami journaliste algérien. Il le rappelle; nous le récupérons et nous voila partis sur une journée de l’imprévu.

Tertio : – Où est-ce qu’on va? Nous demande-t-il?
– Fais ce que tu veux, nous te suivons, répondis-je.
Il prit la route de Cassis, ce coquet village de Provence niché à quelques encablures du pays de Marcel Pagnol.
« Qui n’a pas vu Cassis, n’a pas vu Paris » dit en substance une légende d’ici.
Même avec la rentrée, le lieu était très fréquenté, ce qui n’est pas pour gâcher l’ambiance festive qui y régnait.
Après un tour dans le centre, on s’attabla sur une terrasse du port. Commencèrent alors des échanges à l’avenant sur des choses et d’autres.
Notre ami algérien est un journaliste rôdé de la vieille école, et nous avons profité de sa présence pour aborder la situation en Algérie.
Loin de la passion hystérique, et de l’optimisme béat que certains affichent, il a brossé un tableau très lucide et réaliste à la fois, non sans insister sur l’idée qu’un grand espoir s’est fait jour, et qu’il sera impossible de revenir en arrière.
Il parlait tellement bien que j’ai surtout écouté, moi qui suis assez bavard habituellement.

Quatro : De fil en aiguille, nous sommes partis sur des sujets divers et variés, et surtout l’évocation de souvenirs communs. Nostalgie quand tu nous tiens.
Inutile de préciser que le temps n’était pas de la partie, nous nous sommes oubliés. S’oublier, voila la belle affaire!
A quinze heures, nous sommes retournés à Marseille pour déjeuner, nous étions espagnols, aurait dit Brel à son Jef (paraphrase).
Nous eûmes la chance d’être acceptés par un restaurant vietnamien dont l’ami algérien était un client assidu.
Une bouffe maison et un vin qui se laissait boire firent le reste pour animer la discussion qui est repartie de plus belle.
Figurez-vous que Cupidon n’était pas très loin, puisque l’on devisa sur le « kamasutra arabe ».
La question qui nous est venue naturellement à l’esprit, c’était : comment en est-on arrivé à ce point de décadence dans l’aire arabomusulmane? Vaste sujet sur lequel je promets de revenir une autre fois.
Nous sortîmes du resto à 16h 30, gais comme de joyeux lurons.

Conclusion : L’imprévu n’est pas pour arranger tout le monde, an contraire, certains en ont une sainte horreur. Pourtant, par ces temps de mondialisation malheureuse qui fait de nous de gentils soldats d’une logique qui nous échappe complètement, qu’on agrège comme des petits pois ou du maïs du même calibre, du même goût, et qu’on puisse conserver en boîtes surtout.
Il serait de toute vitalité pour nous de pouvoir cultiver des formes de singularité et de différence. Investir une telle perspective, c’est aussi réhabiliter l’imprévu, l’impromptu, comme forme de désobéissance qui dérange ceux qui nous gouvernent.
D’une certaine façon, c’est ce que je tente dans mes « HUMEUR », partir d’une idée et dévier allègrement vers un autre cours des choses.

Tout le monde descend!
Une bonne journée!
Au prochain délire!

par Khaled Slougui

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