Humeur du jour : Pour les parents d’enfants radicalisés.

Outre l’action de prise en charge des jeunes radicalisés, notre association accompagne les familles dans la « gestion » des cas de radicalisation.

Avant d’aborder le travail mené proprement dit, il est indispensable de décrire l’état de ces familles, d’autant plus que ce n’est pas dans les médias, toutes catégories confondues, que l’on peut accéder à une information fiable les concernant.

En réalité, la tragédie, le drame que vivent les familles est difficilement descriptible, les mots sont pauvres.

Quelle que soit leur situation (enfant parti en Irak ou en Syrie, ou radicalisé en France, à divers degrés…), les familles ont l’impression que le ciel leur tombe sur la tête ; elles ne comprennent rien à ce qui leur arrive, comme prises au dépourvu.

Commence alors le cauchemar de l’interrogatoire, de la police, de la famille, des amis, des amis des amis, des collègues…etc. Et le pire c’est l’interrogation qu’on se pose à soi-même, qui n’a de fin, ni dans l’espace, ni dans le temps ; une torture en somme.

Nous vient alors à l’idée une chanson de jacques Brel dans laquelle il était dans le questionnement :

« Mais pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi déjà ? et où aller ?

Le statut de parent de radicalisé vous fait passer « allègrement, en douceur, avec l’hypocrisie en prime » à celui de pestiféré infréquentable, par lequel le mal arrive et se propage, à celui qui fait peur, à celui qui devient forcément l’agent de la contamination, celui aussi par qui la faute arrive.

De ce climat, de cette ambiance, résulte une solitude terrible mêlée à un réel sentiment d’une vraie injustice.

Et dans cette galère sans fin, le soutien et l’empathie deviennent rares, très rares même. Au contraire, dans un environnement très hostile, il arrive que des parents soient agressés verbalement, en témoigne cette interpellation au marché d’une mère : «c’est vos enfants qui nous pourrissent la vie ».

C’est donc dans ce contexte, complexe et délicat que nous essayons d’intervenir, armés de patience et d’humilité.

Car, il n’y a pas de spécialiste qui aurait la recette miracle pour atténuer la souffrance, faute de l’arrêter. Le remède ressemble à quelque chose qui s’invente à chaque instant, différemment pour chaque cas ; et qui n’est à chaque fois, « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre », pour parler comme Baudelaire.

Maintenir le lien et le dialogue coûte que coûte avec les enfants, même si l’on est en face de comportements délirants, d’idées grotesques complètement déconnectées du sens commun, est une nécessité impérieuse. 

la doxa dominante est sur l’émotion et les réponses affectives, nous,  nous préférons rester sur la raison et les démarches réflexives.

Khaled Slougui

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