Le coeur et/ou la raison

HUMEUR DU JOUR

LE COEUR ET/OU LA RAISON

Comme acteur de terrain, puisque je préside une association d’aide aux victimes de l’Islam radical et de pratiques anachroniques, je ne puis être indifférent, me murer dans le silence, au sujet du rapatriement des djihadistes.
Je suis même sommé de me prononcer sur cette affaire qui fait déjà grand bruit. A tout le moins, la question mérite mieux que le positionnement binaire, en noir et blanc, qui semble diviser partisans et adversaires du retour des djihadistes; question autrement plus complexe qu’il n’y paraît.
L’une des grandes difficultés existentielles c’est lorsque le coeur et la raison sont en désaccord, n’arrivent pas à s’entendre, et n’en font chacun qu’à sa tête. C’est le problème que je vis avec la question du rapatriement des djihadistes.
Voici en quels termes il se pose.

PRIMO : Sur l’islamisme, mes positions ont toujours été on ne peut plus claires, j’ai toujours été contre les états d’âme et pour la solution de fermeté : l’islamisme, il faut le combattre par une mobilisation de la puissance publique à bon escient, c’est à dire dans le cadre de la loi. C’est un cancer qu’il faut éradiquer, les pansements et le replâtrage ne servent à rien.
Comme j’ai préféré, à l’époque de la décennie noire en Algérie, l’armée aux fascistes islamistes ; aujourd’hui, je préfère l’Occident « débridé et amoral », à en croire les obscurantistes, où les droits de l’Homme et l’Etat de droit ont un sens; j’espère que ce sera le cas dans cette affaire. Cet occident, je l’ai préféré aux sociétés musulmanes qui fonctionnent sur une grande hypocrisie. Tout se fait, tout se négocie, sans aucune limite, mais à l’abri des regards.
« Cache ce que Dieu a caché » dit en substance un adage algérien (oustour ma ‘star allah).

SECUNDO : J’ai toujours insisté, ce faisant, sur la nécessité que les démarches réflexives prennent le pas sur les réponses affectives. Une tribune passée a été publiée sous le titre « Déradicalisation : la raison plutôt que l’émotion ».
Autrement dit, privilégier l’appel à la raison, la raison comme donnée anthropologique indépassable, comme composante consubstantielle à l’être et sans laquelle aucune activité intellectuelle, aucun déploiement de la pensée critique n’aurait de sens. (tiré de mon livre).

TERTIO : Mais au risque de me contredire, je ne suis pas un robot, j’ai un coeur, et pour mon malheur ou mon bonheur, c’est selon, je vis avec des familles directement concernées par la tragédie du djihadisme. J’ai rencontré des radicalisés pour déconstruire les idées saugrenues et en désaccord avec le sens commun qui encombrent leurs pensées. On n’en sort pas indemne.
Mon amie Sabine qui a fondé l’association avec moi et d’autres a sa fille en Syrie, depuis plus de trois ans. Elle est très réaliste, elle reconnaît la responsabilité de sa fille, mais elle souhaiterait quand même que sa fille puisse rentrer pour être jugée en France. Comment puis-je rester objectif?
Dans un post, j’ai posé la complexité du problème.
Autant je suis sans pitié pour ceux qui ont fait le choix du djihad en toute conscience, le djihad étant un choix de rupture qu’il faut assumer.
Autant, je mets un bémol pour ceux qui ont été trompés, et ils son légion, surtout parmi les femmes.
Et puis, il ya les enfants, c’est quoi leur faute?
Et les grands-parents qui voudraient connaître leurs petits enfants, les récupérer pour tenter de réparer ce qui peut l’être; qui peut les en priver? Là, c’est mon coeur qui prend le dessus.

QUATRO : Comme d’habitude, dans ce type de contexte resurgit la problématique de la deradicalisation; la légèreté, l’ignorance et l’irresponsabilité avec lesquelles elle est abordée sont atterrantes. Je promets de régler mes comptes à ce sujet dans une prochaine HUMEUR : la déradicalisation est un échec VS éloge de la radicalisation, une approche politique.
Que l’on s’entende bien, je ne veux convaincre personne de quoi que ce soit, je n’ai rien d’un gourou. Je suis membre du CA d’une association qui a 30 ans de lutte anti-sectes derrière elle.
Comme libre penseur, je fais part d’un embarras, d’un désarroi même et d’une grande incertitude qui me taraudent, à propos d’un sujet sensible, délicat, complexe…
Je n’ai pas de réponse toute faite, pour la première fois, le fameux « en même temps » de Jupiter, peut être utile : de la fermeté et de l’autorité, mais en même temps de l’humanisme.

Conclusion : Alors! Le coeur ou la raison? N’étant pas positionné, je retrouve mon crédo : semer le doute. Et si les 2 mots allaient très bien ensemble, comme le chantaient les Beatles?
Et si Dostoievski avait raison? « Et là où l’amour n’existe pas, la raison, elle aussi est absente ».
Mes potes les Gilets jaunes sont porteurs de raison, sans oublier le coeur; ils ne sont pas là pour transgresser la loi, ni subvertir la république.
Jupiter et Castaner devraient méditer ce dialogue que je tire de « Echos d’une autobiographie » de Naguib Mahfouz.
« Le commissaire de police me convoqua un jour et me dit :
– Vos mots incitent le peuple à la révolte. prenez garde!
Je lui répondis :
– Je regrette que certains se croient dans l’obligation de défendre les escrocs et de poursuivre les gens honnêtes! »

par Khaled Slougui

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