Lettre à mon copain d’abord, Brassens

LETTRE A MON COPAIN D’ABORD, BRASSENS 26/03/2020

Primo : L’année passée, un ami m’a traité
 » d’affreux contestataire « , j’y ai vu un subtil compliment. En effet, dans tout ce que j’ai pu écrire ou dire , il y a toujours eu une propension à la révolte, la dissidence, la rouspétance…
Secundo : Un autre ami, écrivain de son Etat, avec plus de quinze livres dans sa besace, m’a dit qu’il allait me piquer une formule que j’avais utilisée dans une récente chronique.
« Ayant le sens des convenances, tout en restant, dans le non convenu, le non avenu, le non dit… »
Ce à quoi j’ai répondu, bien sûr, que ce serait un honneur.
Tertio : Une amie, cette fois-ci, a posté un jeu sur sa page, cela consistait à dévoiler notre personnalité, sur la base de la réponse à 18 questions en 12 minutes.
Confinement oblige, je n’ai pas refusé ce genre d’occupation. Et le résultat, c’est que je suis  » inspirateur et esprit libre « .
Entre nous, cela me va très bien, et je ne désire rien de plus.
Donc oui! Insoumission; mais mieux encore, je revendique mon insoumission à l’insoumission.
Quand j’ai commencé cette trajectoire, Mélenchon incarnait la soumission bête et méchante à l’idéologie « Miterrandiste », il est bon de faire témoigner l’histoire.
Et qui mieux que Georges Brassens incarne la liberté d’esprit?
Voici donc ma lettre à celui qui  » ne fait pourtant de tort à personne ».

LETTRE A MON COPAIN D’ABORD, BRASSENS 22/10/2019

Mon cher Geo, je ne vais naturellement pas vous vouvoyer, sachant que ton peuple avait toujours eu le tutoiement spontané, ce qui n’est pas la même chose que d’avoir le tutoiement facile.
Chez toi, l’instinct chaleureux se dispense de la familiarité feinte et avachie, a bien fait de préciser ton biographe. En fin de compte ton tutoiement était moins d’habitude que d’amitié, et en tout cas l’expression à la foi de la tendresse et de l’espoir.
Eh oui très cher, aujourd’hui, j’ai envie de délirer avec toi, après avoir tout lu, tout entendu de toi, ou presque. Parce qu’aujourd’hui, cet exercice relève de la gageure quand on sait la médiocrité ambiante et la bêtise crasse qui encombre notre quotidien.
Tu disais :
« Le temps ne fait rien à l’affaire,
Quand on est con, on est con
Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand père
Quand on est con, on est con
Entre nous plus de controverse
Cons caducs ou cons débutants… »

Revenons à ta mort. Tu sais ce qui m’a frappé, c’est qu’ en fait tu l’avais scénarisée dans la chanson où tu parlais du « pauvre Martin ».
En effet, je me rappelle qu’en 1981, la nouvelle de ta mort nous était parvenue de façon surprenante vu que personne n’était au courant de ton combat contre elle.

Tu as beau t’dire que rien n’est éternel
Tu n’as pas pu trouver ça tout naturel

Même si ton instinct te préparait en réalité :
Et quand la mort lui a fait signe
De labourer son dernier champ
Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite en se cachant…

Bref, c’était triste à mourir.
Bon sang! Tu nous manques, il n’y a plus d’attentat à la pudeur, plus d’offense des valeurs bourgeoises, plus d’anticonformisme, plus d’amour dans l’adultère, plus de viol de magistrat par un singe en rut, plus de jambes de reines de la pauvre Hélène, plus de Margot pour donner la gougoute à son chat …
Mon histoire avec toi commence quand j’avais treize ans, j’étais en classe de 4è, et je fredonnais tout le temps, parce que c’était le temps des copains…

« ô bois de mon coeur, y a des petites fleurs
y a des copains au bois de mon cœur »

Mes camarades de classe étaient sur la petite chansonnette, autant dire qu’ils me prenaient pour quelqu’un venu d’ailleurs. Le temps a certainement aggravé cette pathologie.
Quand je réfléchis et quand j’écris, quand je bois, tu n’es jamais loin.

« Je ne fais pourtant de tort à personne
Je suis de la Mauvaise herbe braves gens
Je n’avais jamais ôté mon chapeau devant personne
Je me suis fait tout petit devant une poupée
Et la Jeanne, et les femmes un tantinet rondelettes… »
Bon! C’est sûr que je vais revenir vers toi, j’ai tellement de choses à te dire.
Ma supplique : accorde-moi une journée avec ta bande de copains, je me charge du vin, mais n’oublies pas ta guitare. Quand j’ai bu, j’aime bien t’écouter. Tu me chanteras « Les passantes », ton ami Lino te l’avait demandée. Et « l’orage », après tu m’expliqueras le fin mot de cette histoire de voisine affolée que tu as prise dans tes bras câlins.
Depuis cette chanson, moi aussi je suis dégoûté par le bel azur, et il me met vraiment en rage.
Prends soin de toi, là où tu es.
Oh putain! J’allais oublier : j’ai acheté le livre « mon oncle Benjamin », excellent, et pour cause, mais c’est toi.

Une bonne journée!
Au prochain délire! sauf si, entre-temps, j’ai passé l’arme à gauche.

par Khaled Slougui

Suivez-nous