Lettre à mon pote Leo

HUMEUR DU JOUR

LETTRE A MON POTE LEO

Il y a exactement vingt six ans, tu nous quittais sur la pointe des pieds, sans crier gare, et c’est peut-être en accord avec ton délire dans l’album  » Amour Anarchie  » où tu nous intimais « Ne chantez pas la mort ».
Ce 14 juillet de 1993, je m’en rappellerai toujours. Dans le bus qui m’emmenait en ville, j’ai ouvert le journal com dab pour m’enquérir des nouvelles.
Entre parenthèses, à Marseille la plus vieille ville de France, l’impossible n’existe pas, on parle d’une mythologie qui rapportât qu’une sardine bouchât le vieux port; incroyable, invraisemblale. On ne nous apprend pas à se méfier de tout chantait l’ami Brel.
C’est alors que je suis tombé sur la nouvelle de ton décès. J’étais tétanisé, paralysé. Au tour de moi, j’avais l’impression que les gens ne réalisaient pas ce qui s’est passé. J’en fus indigné, scandalisé même. J’ai même cru à une plaisanterie avant de m’effondrer dans la solitude.

Ah sacré Léo!
Pourtant toi tu l’as chantée :
La mort!
La mort!
Je la chante et dès lors, miracle des voyelles
il semble que la mort est la soeur de l’amour
La mort qui nous attend, la mort que l’on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours…

Mais mon cher, mon fou de pote, tu me fais chier comme Dieu. Tu nous a rappelé à l’ordre en nous avertissant
Avec le temps va , tout s’en va…
Une chanson que tu as écrite en deux heures , dis-tu; mais pour nous, c’est l’angoisse d’une vie.
Non, je ne vais pas chanter la mort! Je préfère l’amour en poésie, tes provocations d’anarchiste invétéré, ta douce philosophie et aussi ta solitude…
Entre-nous, à chaque, fois qu’il me vient l’envie de coucher des mots pour exprimer l’humeur du moment, il y a des paroles de tes chansons que je pique, non sans le crier fort. On ne peut pas t’aimer et agir comme une fripouille.

En effet, ceux qui me lisent l’ont certainement remarqué :

L’ordinateur neurophile qui me sert de cerveau…
Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour…
Je t’aime tant…
Je voudrais m’insérer dans le vide absolu…
Paris, je ne t’aime plus…
Paname, on t’as chanté sur tous les tons…
Et la barmaid qui avait dix-huit ans…

Tout ça , c’est Ferré dans le texte.
Mon cher ami, tu ne doutes pas que tu me manques terriblement, étrangement. Putain! Qu’est-ce que j’ai envie de te parler, de te faire part de mes délires les plus intimes, ceux dont on ne parle à personne, et qui en réalité sont peut-être l’expression la plus aboutie de la solitude. Avec la mort, il n’y a que ça de vrai, d’incontournable, d’inévitable.
Tiens par exemple, j’aurais voulu, comme tu le chantes dans « Ostende » échanger avec toi sur ce passage :

« Comme à Ostende et comm’ partout
Quand sur la ville tombe la pluie
Et qu’on se demande si c’est utilte
Et puis surtout si ça vaut le coup
Si ça vaut le coup de vivre sa vie

Vaste sujet! Mais passons à autre chose…

Je suis très impressionné par ta façon de décrire la femme, et de parler d’amour. Je ne comprendrai jamais d’où te vient l’inspiration et le cortège de mots qui l’accompagent qui l’expriment, qui la pérennisent, et la rendent quelque part éternelle.
Allez avec ta permission, je vais te fredonner un petit florilège de ces paroles qui m’achèvent, qui m’anéantissent… pour faire plaisir à mes amis :

« Tes baisers
Sont pointus
Comme un accent aigu,
jolie môme… »

« Ah! petite Ah! petite
Je t’apprendrai le verbe « aimer »
Qui se décline doucement
loin des jaloux et des tourments
Comme le jour qui va baissant…

« Ce jazz qui d’jazze dans le noir
Et ce mal qui nous fait du bien
C’est extra… »

« T’es chouette
Avec tes mains des soirs de bal
A dessiner les fleurs du mal… »

Et enfin, cette déclaration déchirante de beauté, de tendresse.

« Je suis la vie pour toi, et la peine , et la joie , et la mort
Je meurs dans toi, et nos morts rassemblées feront une nouvelle vie,
Unique, comme si deux étoiles se rencontraient, comme si elles devaient le faire de toute éternité, comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c’est bien, puisque tu m’aimes
Ce que je fais, c’est bien, puisque je t’aime
A ce jour, à cette heure, à toujours, mon Amour »

Ma supplique : arrange-moi un rendez-vous avec Aragon, mais il faut que tu m’accompagnes. Il est des questions qui me taraudent sur le passage du texte à la musique, enfin la fine alchimie qu’il y a entre les deux.

Je vous aime tant.

A tantôt diraient les belges.

Bon dimanche!
Au prochain délire!

En attendant, bois un coup à ma santé, mais « ne rentre pas trop tard, ne prend pas froid » comme le conseille Ferré.

par Khaled Slougui

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