Lumineux et ténébreux

HUMEUR DU JOUR

LUMINEUX ET TENEBREUX

Je l’ai souvent dit et répété, je n’accepte pas cette sorte de mouture du racisme qui identifie une fois pour toutes les victimes et les bourreaux. A d’autres! Voltaire ne disait-il pas « Protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge… »

PRIMO : En 2001, dans la foulée d’un colloque que j’ai organisé « aliénation et désaliénation dans l’oeuvre de Frantz Fanon », j’ai donné une conférence à Toulon sur « l’approche Fanonienne du racisme ». Elle reste on ne peut plus d’actualité, car elle remet en cause l’idée entretenue à dessein selon laquelle le racisme serait le fait d’une religion, d’une race, d’un peuple, d’une ethnie… A l’exclusion de tout autre. L’irremplaçable Fanon renvoie dos à dos tous les marchands de particularismes et de spécificités (comme je l’ai affirmé dans une tribune sur le communautarisme, la spécificité me donne des boutons), en une seule phrase : « le racisme est la chose la mieux partagée au monde ». Le mal et le bien, c’est toute l’histoire de l’Homme, Caïn a bien buté Abel.
Le racisme intracommunautaire est peut être plus virulent que celui entre communautés.
SECUNDO : Le vieux Victor Hugo, l’incarnation de l’esprit républicain, quant à lui nous rappelle une vérité de toujours :  » l’humanité se divise en deux catégories, les lumineux et les ténébreux « . C’est de lui que j’ais piqué le qualificatif « ténébreux », omniprésent dans mes publications.
Cette définition transcende tous les critères de distinction et de discrimination : la race, le sexe, la langue, la couleur, l’origine géographique etc… Dans ce domaine, pas de jalousie donc; nous avons tous en commun cette propension à rejeter l’autre, peut importe le motif. Au passage, j’emprunte le qualificatif « Vieux » à Jean d’Ormesson; pour lui, autant on ne peut pas imaginer Hugo en gavroche, autant, quand on parle d’Alfred De Musset, on a à l’esprit l’image du « play boy » de la littérature française, et les histoires d’amour, même si elles finissent mal en général. « On ne badine pas avec l’amour ».
TERTIO : Houria Bouteldja nous ressert sa salade à la sauce « blanche », dans un délire total. Cela me rappelle que je l’ai déjà étrillée dans une tribune, il y a deux ans, après la lecture de son livre « Les blancs, les juifs et nous », en voici quelques fragments :
« Plaidoyer pour la fraternité de Abdennour Bidar, voilà un livre dont je conseille vivement la lecture à Houria Bouteldja ; car elle a besoin de se défaire de cette souffrance atroce qui transparaît dans son livre et qu’on devine être à l’origine d’autant de haine. Lacan parlerait, je suppose, de complexe de persécution.

Je pense très sincèrement que le combat qu’elle essaie de nous faire partager est contre-productif, à contre-courant de l’histoire, irréaliste. Son discours « anti-tout » (anti-colonial, anti-français, antirépublicain, anti laïc, antiféministe, anti art, anti esthétique, anti juif, anti blanc…) est tellement non fondé et excessif qu’il en devient franchement désuet, éculé et anachronique. Il n’y a aucune argumentation digne de ce nom, susceptible de donner de la crédibilité à son discours.

Le monde qu’elle nous propose et l’ordre supposé le régir, c’est un monde d’horreur, de « stupeur et tremblements » aurait dit Amélie Nothomb (une blanche).

J’avoue que j’ai lu son livre d’un trait ; quand j’ai terminé, j’avais l’impression de sortir d’un combat de boxe, j’étais KO. Incroyable ! me suis-je dit,où a-t-elle pu trouver autant de jus ? Certainement pas uniquement dans la haine. La haine tétanise habituellement ; elle paralyse et donne rarement d du ressort.
 » A l’exact opposé de ce qu’elle nous propose, le vrai combat à mener c’est celui de la désaliénation. La victimisation, et les attitudes qui consistent à toujours rejeter la faute sur les autres (le juif, le blanc), à trouver le bouc émissaire, finissent par être lassants, insupportables ; l’alternative c’est d’essayer d’exister « en soi et pour soi » (Hegel), et ainsi « être son propre fondement » comme le criait haut et fort Frantz Fanon. La paranoïa se soigne.

L’identité à laquelle elle est attachée jusqu’à la déraison n’intéresse pas grand monde ; au vrai, une identité inconsciente de soi n’en est pas une, elle peut au mieux s’apparenter à un mimétisme pervers.

L’identité est, en réalité un processus perpétuel, de dépassement, de confrontation et d’acquisition ; elle se construit indéfiniment. »
QUATRO : Il ne faut pas sous-estimer l’aspect « Business » dans cette irruption de haine et de violence. La surenchère racialiste est l’expression d’une concurrence sur un segment de marché porteur. Ne soyons pas crédules, il ne s’agit pas d’une défense des valeurs; c’est plutôt la découverte d’un filon que chacun veut exploiter à son profit et à sa façon.
Incontestablement, celui qui a tiré le gros lot, c’est Zemmour. Chapeau! L’artiste. Avec une pensée (?) dérisoire, il dépasse même Amélie Nothomb et sa « forme de vie » sur le registre des ventes. Ce qui ne veut pas dire que sa supposée victime n’en profite pas, elle a sa stratégie propre.

Conclusion : La disparition d’Aznavour m’attriste, ses chansons ont bercé mon adolescence à une période où l’imposture islamiste n’existait pas, et où le pays était dans la normalité.
Ma supplique : « Emmenez-moi au bout de la terre, au pays des merveilles », où, paraît-il, on peut « mourir d’aimer », mais aussi vivre sa « bohème ».
Une bonne journée!

par Khaled Slougui

Suivez-nous