Missive à mon pote MOULOUDJI

HUMEUR DU JOUR

Missive à mon pote MOULOUDJI

« TOUT FOUT L’CAMP »

Aujourd’hui, comme il m’est souvent arrivé, je n’ai plus envie d’avancer, je me recroqueville sur un passé que je trouvais meilleur à tous égards. Ce passé-là est à la fois ni assez proche, ni trop éloigné; je l’aurais voulu plus pérenne, plus ancré dans l’histoire, notre histoire.
Un de ceux qui me fait cet effet de nostalgie est incontestablement Mouloudji, qui, il y a déjà plus d’un demi-siècle a établi un diagnostic qui allait être prémonitoire de notre présent. Je n’ai pas oublié que le 14 juin 1994 il nous a quittés à l’âge de 71 ans.
J’ai voulu lui rendre hommage, en lui écrivant quelques lignes, que sa chanson « Tout fou l’camp » m’inspire fortement. C’est mon HUMEUR du jour.
Qui m’aime me suive.

Mon cher ami, une des chansons que je fredonne souvent c’est « mon pote le gitan », même si j’adore tout ce que tu chantes. J’ai troqué les mots d’ami, camarade, copain… Contre celui de pote, que je décline au masculin comme au féminin. C’est de là que vient ma tendance à désigner ceux que j’aime par ce substantif. Mes amis se rappellent certainement les lettres que j’ai écrites à mes potes Brel et Barbara.
Entre nous, mon ami, je crois que j’aurais voulu être gitan, dans le sens du rapport à l’espace qui sous-tend une vraie controverse entre nomadisme et sédentarité.
Un grand penseur avait suggéré que « le destin de l’homme est d’être lâché », c’est aussi ça être gitan.
Mais en fait, toi-même, tu es un gitan à ta manière, et cette chanson, je l’ai compris, n’est pas le fait du hasard. comme ton pote le gitan, tu es un « gars curieux », et par certains aspects tu n’es pas « un marrant ».
Tu es aussi comme lui « un grand musicien, çà j’en suis sûr je le sens bien », et au fond, « ta musique est pleine d’espoir ».
Mais revenons un petit moment sur « tout fout l’camp », figures-toi que tu as tout dit. Alors, si tu vivais parmi nous aujourd’hui, quelle serait ta sentence?
Parce que oui! Le monde n’est plus ce qu’il était, et pour preuve :
Y a plus de jeunesse, ya plus de saison
Y a plus de printemps, y a plus d’automne
Y a plus de façons…

Y a plus de joie de vivre, plus de piété
Y a plus d’amour, plus de serment, plus de galanterie
Y a plus de conscience…

Y a plus de soleil
Y a plus de romance
Y a plus de bon air…

Plus que des affaires
Plus que des banques…

Aujourd’hui, il y a pire, et je ne vais pas t’accabler avec nos malheurs de l’époque.
J’ai envie de terminer ma missive avec une note poétique et joyeuse. Qu’en dis-tu? Je vais te chanter quelques passages éblouissants de tes chansons, je ne suis pas chanteur, mais la merveille est dans l’intention.

Un jour je m’en irai sur un bateau tout blanc…
Que le temps passe vite…
Faut vivre.;;
Enfin tu me viendras avec tes sortilèges et ta beauté nocturne et tes grands yeux profonds…
A l’amour c’est quand je t’aime
A l’amour c’est quand tu m’aimes
Sans me le dire
sans te le dire…

On peut vivre sans la gloire qui ne prouve rien
Etre inconnu dans l’histoire et s’en trouver bien…

Ma supplique mon ami, pour terminer : puissions-nous nous rencontrer, guidés par le hasard comme tu le chantes. Je t’interrogerais alors sur le lien entre un petit coquelicot, une femme et ton âme.
Aussi , j’ai vu une photo de toi avec Prévert, tu souriais; je ne peux pas m’empêcher de m’interroger sur le contenu de votre échange. Simple question de curiosité, surtout que t’es un gars curieux.
A l’année prochaine!
Je pense à toi, très fort, mon POTE.

La ballade est finie. Tout le monde descend.

Bon week end!
Au prochain délire!

par Khaled Slougui

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