Ô temps suspend ton vol

Ô TEMPS SUSPENDS TON VOL … 18/04/2020

En vérité, aujourd’hui je devrais vous dire des mots bleus, ceux qui rendent les gens heureux. Même si, entre-nous, je n’ai aucune idée de ce que peut être la couleur pour un mot.
J’ai plutôt tendance à être sur le registre du qualificatif, les mots doux, les mots gentils, les mots blessants…
Christophe a rendu sa révérence, après avoir bercé notre adolescence. J’aimais bien les marionnettes qu’il construisait avec de la ficelle et du papier, surtout que l’une d’entre elles savait prédire.
Et surtout Aline, sur laquelle chacun de nous fantasmait à sa façon : était-elle grande ou petite, brune ou blonde ou noire, cheveux raides ou frisés, taille mannequin, ou bien un tantinet rondelette comme les aimait Brassens?…
Bref, dessiner sur le sable un doux visage qui lui souriait, avait de quoi provoquer le chagrin jusqu’aux larmes, d’où son cri pour qu’elle revienne. Peut-être la rencontrera-t-il là-bas, là-bas… d’où personne n’est revenu pour nous mettre au parfum de quoi il retourne. Paix à son âme!

Ô TEMPS SUSPENDS TON VOL!

Et vous, heures propices !
Suspendez votre cours …..
……..
Aimons donc, aimons donc ! De l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons

Je viens de comptabiliser une année de plus dans ma besace. J’ai envie que cette avancée irrémédiable et fatale du temps s’arrête, faute de marquer une pause qui serait la bienvenue.
Lamartine a eu le génie de toiser le temps, il a dit haut et fort, ce que chacun d’entre nous pense tout bas.
Et ce n’est pas une affaire de mode, depuis toujours, ce registre a été investi par les artistes et les philosophes de tout bord.

« Que le temps passe vite » Chantait Mouloudji

« Hier encore, j’avais vingt ans, je gaspillais le temps en croyant l’arrêter et pour le retenir, même le devancer, je n’ai fait que courir et me suis essoufflé, répliquait Aznavour.

 » Avec le temps va, tout s’en va…
Avec le temps tout s’évanouit » sussurre l’ami Ferré

Et l’immense Aragon nous prend aux tripes avec « il me reste si peu de temps pour aller au bout de moi-même »…
C’est le vrai drame de l’homme.

Des amis me souhaitent longue vie, pour pouvoir me lire encore, ça m’est allé droit au coeur. J’ai répondu « pas trop quand même », car je n’ai pas envie de mourir trop vieux. Non, sans rappeler que je n’étais pas écrivain, ni essayiste.
Certains endossent ce costume sans difficulté, on peut même parler de facilité déconcertante. Grand bien leur fasse. Je ne sais pas s’ls se rappellent de Dostoievski, Mahfouz, Flaubert, Garcia Marquez…Juré! C’était mieux avant.
Jamais, je n’ai eu autant de voeux pour mon anniversaire, que l’année passée : y en avait en tous genres, et venant de toutes parts, de toutes origines, de tous profils. Exactement ce que j’apprécie par dessus tout : la diversité comme expression naturelle de la richesse.

Un des lecteurs qui me suivent m’a confié dernièrement qu’il devenait addict à mes délires, ce à quoi j’ai répondu : où est le problème? Tu ne prends aucun risque, vu que je n’appartiens à aucun groupe, à aucune filiation, à aucune chapelle; je ne fais que raconter à ma façon les choses de la vie qui me titillent l’ordinateur neurophile, ici et maintenant. Si cela procure du plaisir, le temps de lire mes délires, tant mieux.
Justement en parlant de délire, et pour conclure ce petit billet, je vous convie à me suivre.
Hier, je me suis régalé comme toujours avec l’émission sur Brassens.
Sur une biographie, je suis tombé sur un passage où il est question d’amour et d’amitié, je vous le livre, sans commentaire, et chacun s’en fera son idée :

« Brassens est très attaché à la liberté. Il croyait à l’amitié, parce que l’amitié aidait à vivre, parce qu’elle était l’accord du je et de l’autre.
Il ne croyait pas à l’amour, parce que l’amour enchaînait, parce qu’il était la prise de possession du je par l’autre.
Pendant longtemps a-t-il déclaré, je n’ai pas cru à l’amour; je pensais que les gens en parlaient comme ils parlaient de Dieu. Parce qu’on les a conditionnés à y croire dès l’enfance ».

Je ne sais pas si mes mots étaient bleus, et s’ils vous ont rendus heureux.

par Khaled Slougui

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