Quand la laïcité tombe de Charybde en scylla

HUMEUR DU JOUR :

QUAND LA LAÏCITE TOMBE DE CHARYBDE EN SCYLLA

En vérité les menaces contre la laïcité n’ont jamais cessé depuis la promulgation de la loi de 1905. Plus que jamais par le passé, la laïcité est menacée par des intégrismes, des intolérances, des replis identitaires, sur fond de communautarisme, et au-dela, même les institutionnels s’y mettent. En vérité, le Religieux n’a jamais admis l’émancipation du Politique, et nombreux sont les nostalgiques d’ un ordre ancien, toutes religions confondues, même si l’expression la plus visible se décline aujourd’hui au nom de l’islam. Certains rappels à ce sujet de mes tweets et posts peuvent s’avérer utiles :

1- La première pierre à l’édifice de la laïcité fut l’Edit de Nantes (1598) signé par un « roi lumineux », Henri IV, qui mettait fin aux guerres de religion et instaurait un régime de tolérance. Qui l’eût cru? Presque un siècle après le « roi soleil » (1685), l’abrogea. A méditer! Même si l’on peut d’ores et déjà en inférer l’idée que lorsque des intérêts religieux sont en jeu, rien n’est irréversible.
2- Le discours de Macron au Vatican est un modèle d’ambiguïté et de confusion; il en devient inintelligible. Et pour cause? Il veut plaire à tout le monde, en réaffirmant le droit au blasphème d’un côté, et en donnant des gages aux Religieux de l’autre. Cela est incompatible, vu que les religieux ne tolèreront jamais l’idée de blasphème. Mais ce qui peut inquiéter tous les républicains, c’est le président qui s’érige comme moralisateur et défenseur des Religions; peut-être n’a-t-il pas réalisé que ce faisant, il transgresse le principe de neutralité. L’Etat n’a pas à se soucier de la paix des âmes, pour parler comme HP RUIZ; c’est une affaire privée.
3- Selon Henri Pena Ruiz, « l’égalié de droits est incompatible avec la valorisation privilégiée d’une croyance ou de l’athéisme ». La loi votée par les députés prouve que la neutralité confessionnelle, comme garantie de l’impartialité, est sujette à caution. Le principe d’égalité est consubstantiel à celui de laïcité, et les associations cultuelles n’ont pas à être privilégiées sur les associations loi 1901. Deux conséquences au moins sont à craindre de cette loi : l’influence du Religieux sur le Politique, et ça serait un recul inacceptable; le boulevard que cela ouvre en termes de financements occultes, voire de blanchiment de l’argent du terrorisme, ce qui est une atteint grave à la transparence de la vie publique.
4- LE COMMUNAUTARISME est un poison pour la république, d’autant qu’il se définit sur une base religieuse exclusivement. La république, c’est l’émancipation de l’individu du groupe, en dehors de toutes les appartenances. L’enjeu est de faire société et non communauté. L’idée d’une représentation des « musulmans » est contre-productive; elle ne peut que réveiller des divisions anciennes et nouvelles.
Chaque président se penche sur la question de la représentation des musulmans, à tort bien sûr; la citoyenneté transcende toutes les formes d’appartenance ai-je affirmé dans une tribune « l’Etat fait fausse route en stimulant le communautarisme » (Site du CLR). Les « musulmans » ne demandent pas un droit à la différence qui risque de se transformer rapidement en différence des droits. Entre le CFCM, le CCIF, l’UAM, l’UOIF, et le versatile Tarek Oubrou (il change d’habit selon la conjoncture : cheikh d’EL Azhar, ou costume cravate), ils ne veulent pas choisir. La seule représentation est la représentation démocratique; celle-là, elle concerne des citoyens, non des croyants.
5- La scission du spirituel et du temporel est un concept moderne qui est né non d’une désaffection du spirituel à l’égard du temporel, mais d’une vraie émancipation du temporel vis-à-vis du spirituel.
Je me permets de reprendre la déclaration d’un ami, retraité du journalisme à « la croix », lors d’une conférence-débat (vivre ensemble dans un pays laïc) : « La laïcité est à mes yeux, la condition indispensable de la biodiversité culturelle, la condition de survie d’une société ». Il n’existe pas d’autre alternative.
6- On a laissé faire les islamistes pendant plus de trente ans, et les médias ont une grande part de responsabilité là-dedans. Et aujourd’hui, on vient nous alerter sur des actions terroristes visant imams et femmes voilées, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont déterminées par les provocations à répétition des islamistes, comme stratégie soutenue et entretenue. C’est « l’islamiste qui crée l’islamophobe », pour paraphraser SARTRE sur la Question juive.
7- En réponse à un tweet du président dans lequel il déclare « Il est parfaitement inacceptable que des affiches du « Point » soient retirées des kiosques de presse au motif qu’elles déplaisent aux ennemis de la liberté, en France comme à l’étranger. La liberté de la presse n’a pas de prix : sans elle, c’est la dictature ». J’ai répondu :
« OK Mr. le président! Mais que devons-nous garder, au-delà du voeu pieux? Nous avons besoin d’actions fortes qui auraient valeur de dissuasion pour tous les communautaristes. Ne nous entraînez pas sur le modèle anglosaxon de « laïcité », ce serait la fin de la république.

En guise de conclusion, du livre « Voltaire en verve », j’ai gardé cet aphorisme ; « la laïcité est une lueur de raison dans un océan d’obscurantisme, nous devons veiller à ce qu’elle ne s’éteigne pas ».

par Khaled Slougui

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