Radicalisation et violence

HUMEUR DU JOUR :

RADICALISATION ET VIOLENCE

Loin de la fureur médiatique, je trace mon sillon et sème des graines; je continue donc la diffusion du contenu de mon livre d’Humeur en Humeur.

PRIMO : Un certain ethnocentrisme voudrait que les évènements n’existent et ne valent d’être pris en compte et étudiés qu’à partir du moment où ils se manifestent en Occident. Il en est de la question de la radicalisation islamiste qui fait le buzz depuis plus de deux décennies dans tous les pays européens.
Elle n’en finit pas d’écumer non seulement l’espace médiatique, d’un coup, saturé d’évènements inattendus, inédits, voire sensationnels, dont il est avide ; mais également les lieux de savoir qui l’ont érigée en champ autonome de la connaissance.
Lorsqu’un concept est galvaudé avec une telle ampleur, cela stimule forcément la curiosité, et éveille la suspicion, avec pour effet, soit la volonté d’en récuser la pertinence, soit celle de l’imposer dans le débat public comme élément incontournable de la vie quotidienne. SECUNDO : Partant de là, on est tenté de douter de la validité des approches proposées, des concepts mis à jour et, par conséquent, des remèdes envisagés. Le dilemme « radicalisation de l’islam ou islamisation de la radicalité » semble peu crédible et ne correspond nullement aux exigences du moment, ni ne rend compte de la complexité du phénomène. L’idée à la mode d’une complémentarité entre les deux approches n’ajoute que de l’ambiguïté et de la confusion, vu que les registres sont différents. Contrairement à ce qui semble communément admis, le phénomène n’est pas nouveau, ou du moins, ce qui l’est, ce sont les formes dans lesquelles il s’exprime et qui sont à rattacher au contexte général de globalisation, et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication permises par le développement, et les moyens devenus dès lors accessibles.
Les barrières culturelles ont sauté, les frontières nationales semblent caduques, et les idéologies religieuses deviennent transnationales. C’est plus précisément le cas de l’islamisme ou islam radical, ou encore islam politique.
D’entrée de jeu, nous nous bornons à identifier l’islamisme comme un mouvement politique et idéologique mu par un enjeu de prise de pouvoir ; ce n’est pas un extrémisme religieux, comme on le croit à tort. C’est l’utilisation de la religion en politique. Les sources du mal sont politiques et idéologiques. L’Etat doit les traiter politiquement en retrouvant le réflexe laïque. TERTIO : La radicalisation n’est appréhendée qu’à partir de son expression violente, le terrorisme. C’est une façon d’occulter et le phénomène et ses déterminants principaux. En effet, est-ce que tous les radicalisés sont violents ou appellent à la violence? Au sens classique, médiatique même, dirions-nous, la réponse est négative. Il existe des radicalisés non violents, ils sont même l’écrasante majorité. Pour autant sont-ils moins dangereux? Nous sommes persuadés du contraire. La différence n’est que dans le « tempo », il y a ceux qui veulent en découdre tout de suite, et ceux qui sont plus stratèges, qui veulent réunir les conditions du « rendre possible », le fameux « Tamkine » des frères musulmans. Il faut comprendre par-là l’imposition de la doctrine islamiste qui se décline selon une double orientation : l’instauration de l’Etat islamique et l’application de la Chariâ.
Les seconds sont plus dangereux en vérité, parce qu’ils travaillent sur le long terme et pratiquent à merveille la dissimulation et l’entrisme ; Ils ont pour eux l’expérience, une doctrine élaborée, et les luttes capitalisées depuis environ un siècle.
Par ailleurs, la violence aussi est un processus ; elle peut se mettre en branle à n’importe quel moment, au gré des contacts, des rencontres, et des opportunités.
De surcroît, la violence verbale en tant qu’elle exprime une violence symbolique, c’est l’antichambre de la violence physique, c’est elle qui la prépare, qui la déculpabilise, qui la justifie même.
Le passage à l’acte se fait toujours après avoir intégré le discours et le logiciel islamistes. La pire des violences, c’est celle qui consiste à excommunier (takfir), à exercer un monopole de fait sur la religion, à légiférer à la place de Dieu.
Ce qu’il faut souligner surtout, c’est que l’action violente, le terrorisme impressionne par sa dimension symbolique (un furieux désir de sacrifice, pour reprendre Fethi Benslama , la préférence de l’au-delà au présent, l’eschatologie intégrale…).
Ce n’est pas le cas de l’idéologie, qui elle, se glisse subrepticement au sein de la société ; mais au lieu de remettre en cause brutalement les valeurs, elle va se les approprier en les subordonnant à la référence islamique, et en testant la résistance de la république.
Ce qui a l’avantage de brouiller les pistes, voire de semer le trouble. C’est important de se rappeler que les islamistes nagent toujours en eau trouble.
Quand c’est clair, il y a danger pour eux ; au vrai, là est l’origine du double discours : comment concilier le renforcement du mouvement, la diffusion de sa doctrine, la perfection de la stratégie d’entrisme avec l’effort de faire croire à une parfaite compatibilité avec les valeurs de la république ?
L’on peut affirmer que l’option pour la violence est l’étape ultime du processus de radicalisation, et qu’elle n’est que le produit d’une formation idéologique et politique.

par Khaled Slougui

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