Retour sur la radicalisation : l’approche comparative

HUMEUR DU JOUR

RETOUR SUR LA RADICALISATION : L’APPROCHE COMPARATIVE

Dans une chronique passée, j’avais parlé de mise sous le boisseau de la radicalisation par Macron. Les évènements récents confortent cette analyse. Un groupe qui s’adonnait à la fabrication d’explosifs, un illuminé qui a agressé un gardien de prison en criant « Allah Akbar »…Et voila qu’on en reparle exactement dans les mêmes termes, l’on dirait qu’il s’agit de la rediffusion d’un film.
Entre-temps, une association est créée (l’AMIF) pour gérer l’Islam de France, un caméléon d’imam prend ses désirs pour des réalités, et s’autoproclame mufti de la république, malgré son inculture crasse, et sa connaissance très approximative du fait religieux.
L’HUMEUR de ce jour se propose de rappeler mon analyse de la radicalisation qui s’appuie sur une approche comparative : pourquoi les mêmes phénomènes, les mêmes causent débouchent sur des conséquences différenciées dans l’espace et dans le temps?

1 – La radicalisation est un processus protéiforme et multifactoriel. Les causes en sont multiples, mais il faut une juste pondération des différent facteurs.
Les populations les plus touchées par la radicalisation religieuse sont d’origine immigrée, même si cela touche également des français convertis quelle que soit par ailleurs leur origine. Le fait que l’on parle d’une jeunesse appartenant à la troisième génération, née en France et y ayant toujours vécu doit nous inciter à accorder plus d’importance aux causes endogènes.
Dans ce sens, il faut avoir la lucidité et le courage de reconnaître que la radicalisation est le produit de la société et du système, même si des déterminismes exogènes existent.

2- Le déclassement socio économique a souvent été brandi dans l’explication de la radicalisation.
Il peut être privilégié non pas en établissant un lien mécanique, systématique entre pauvreté, exclusion et processus de radicalisation : la majorité des pauvres et des exclus ne sont ni radicalisés, ni délinquants. N’oublions pas la délinquance en col blanc.
Mais en considérant que les islamistes exploitent ces difficultés pour du recrutement, en donnant corps à des oppositions sur une base religieuse.
Le mensonge aidant, il leur est expliqué que l’exclusion est liée à l’appartenance religieuse ; ce qui est complètement faux, puisque, les arabes, les roms, les africains, les asiatiques concernés par le phénomène du déclassement ne sont pas tous, loin s’en faut, musulmans. Cet élément doit être en permanence mobilisé dans le dispositif de déconstruction du discours islamiste.
Les différences sociales et économiques transcendent l’appartenance religieuse et plus largement communautaire.

3- Outre le déclassement économique, on a fait une fixation sur ce qu’on a désigné par « éléments de fragilité psychologique » qui seraient une cause non négligeable de la radicalisation, en même temps qu’un terreau favorable pour le recrutement de futurs djihadistes.
Cependant cette démarche ne peut se passer d’une comparaison dans le temps (30 à 40 ans en arrière), pour saisir exactement pourquoi ces mêmes déterminants n’ont pas joué de la même façon, avec les mêmes conséquences.
En effet, pourquoi dans les années 80, le phénomène n’existait pas ?
L’enjeu des conflits sociaux n’était pas culturel ou symbolique, et les revendications, en plus des droits sociaux portaient sur ce que Tocqueville appelait l’égalisation des conditions.
Qu’est ce qui a changé ? Ce ne sont pas les individus ; les problèmes psychologiques et les difficultés socioéconomiques, que l’on range désormais sous le terme de « frustration », ont toujours existé et il y a fort à parier qu’ils feront encore longtemps partie du paysage social.

4- Grosso modo, la crise persiste, mais la société française n’a pas changé et il n’y a pas eu de bouleversement majeur qui pourrait expliquer cette irruption du sacré dans des domaines qui relevaient du profane.
Comme nous l’avions prévu il y a un quart de siècle, les évènements liés à l’islamisme dans les pays du sud de la méditerranée ont eu un impact différé sur les pays de la rive nord.
Les acteurs sont les mêmes, ce sont les militants du FIS (Front Islamique du Salut) algérien, du mouvement Ennahda tunisien et des frères musulmans égyptiens et marocains qui sont à la manœuvre.
La stratégie mise en œuvre, la progression dans les revendications (rejet des fêtes religieuses, cloches qui sonnent, évènements survenus à l’école, sur le lieu de travail, à l’hôpital…), la politique des mosquées champignons, la politique agressive d’entrisme dans tous les secteurs et tous les milieux, la promotion de nouvelles formes de la pratique religieuse (fermeture des commerces lors de la prière du vendredi, carême plus fréquent et moins spontané, prières des rues…), reprennent exactement ce qui s’est fait là-bas.

5- En réalité, l’explication fondamentale réside dans l’installation d’un mouvement politique et idéologique qui s’ancre chaque jour davantage, et qui use et abuse des droits garantis par la république.
Il est galvanisé par le laisser-aller, le laxisme, la démission, le clientélisme et les concessions des décideurs paralysés par une certaine peur de l’islamophobie qui promeut une conception paralysante de la laïcité.
Ces mêmes comportements n’étaient même pas imaginables ou pensables, trois décennies en arrière. Pourtant la présence de musulmans en France a toujours été une réalité. D’aucuns la remontent à l’ancien régime.
Est-ce que cela peut vouloir signifier que ces musulmans ne pratiquaient pas, n’accordaient aucune espèce d’importance à la religion, ou n’étaient pas de vrais musulmans pour reprendre l’accusation des islamistes qui, il faut le reconnaître, ont l’art d’inverser les choses et les situations ? A l’évidence, non !
Au contraire, ils incarnaient le musulman respectueux de sa religion, de sa culture, mais aussi des valeurs de la république. Autant dire, que cette nouvelle race de croyants « au-dessus de tout soupçon », comme nous les qualifiions en Algérie, s’apparente à des « mutants ».
La nouveauté de ces comportements est à relier à l’idéologie qui se propose, sous prétexte de liberté de conscience, d’introduire le religieux là où il n’a pas sa place, c’est-à-dire dans l’espace public pour pouvoir le régenter plus tard.

Conclusion

L’Etat n’a pas à se soucier de la paix des âmes, il n’a pas à s’engluer dans le théologique , il ferait mieux de retrouver le réflexe laïc, donc vivre l’autonomie du politique vis-a-vis du religieux.
Les nouveaux comportements induits par la radicalisation qui se manifestent un peu partout, que ce soit à l’école, sur les lieux de travail, à l’hôpital, et sur les plages ne faisaient pas partie des traditions musulmanes en France ; la première affaire du voile (Creil 1989) qui constituait en vérité une étape fondatrice dans la stratégie islamiste, comme toutes les tentatives qui ont suivi, avait pour but de tester la résistance de la république.
A chaque fois que la république a été ferme, comme avec la loi de 2004 sur les signes ostensibles, les islamistes ont reculé pour se déployer davantage sur le terrain de la propagande et de la recherche d’alliances.
Au lieu d’affronter les islamistes sur le plan politique, au nom de la loi, d’être fermes sur les principes, des responsables ont souvent opté pour la solution du pire : « ne pas avoir envie de se prendre la tête », ou, « ne pas vouloir des complications… ».
Quand ils ne les ont pas carrément aidés à régler des situations qui allaient être plus tard une source de problèmes pour le pouvoir ; c’est le cas de l’agrément pour les écoles privées musulmanes.
Du pain béni pour les islamistes.

par Khaled Slougui

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