Retour sur le racisme

Je ne me rappelle pas avoir vécu une période aussi trouble que celle qui se déroule devant nos yeux : l’impression d’un pays non gouverné, laissé à l’abandon; un pays où l’inculture le dispute à l’absence d’autorité. Situation on ne peut plus propice à la stimulation de la tyrannie des minorités, et à l’émergence de la pensée extrême.
Sans me manifester de façon bruyante, j’ai quand même tenu à réagir, fût-ce de manière assez lapidaire.
Je me propose aujourd’hui de revenir sur les prises de position qui ont eu de l’écho auprès des lecteurs.
Voici donc :

RETOUR SUR LE RACISME

1 – Je fais de la maxime de Mohamed Talbi, cet islamologue de génie, une référence que je mobilise régulièrement dans tous mes déploiements intellectuels, à l’oral comme à l’écrit.
Il dit en substance : « il y a un lien dialectique entre la confusion sémantique et la confusion de pensée, l’une reflète l’autre et réciproquement ».
Non, je ne vais pas m’abaisser au niveau révélé par l’indigence des débats en cours qui n’est que l’expression d’une mise en jachère de la culture.
Tous les excès ont libre cours, avec une facilité déconcertante, et dans une grande confusion, de sorte que les concepts expriment une chose et son contraire à la fois.

2 – Jamais les mots « racisme / antiracisme » n’ont été autant usités, laissant une grande place à une surenchère débile.
Le sens des mots étant important, je me propose de revenir à la définition du racisme, pour bien cerner ce de quoi on parle.
Personnellement j’ai pour habitude de le définir assez simplement : « le racisme est un refus et un rejet de l’altérité », définition très large et très englobante, à dessein. Elle me suffit à moi, et me sert de boussole pour appréhender les diverses positions qui s’expriment à ce sujet.
Mais je tiens à revenir à la définition que propose Albert Memmi qui, à mon sens est la plus complète, la plus pertinente.
« Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de la victime, afin de légitimer une agression ou des privilèges ».Il y a deux décennies, Albert MEMMI proposait cette définition du racisme.
La plupart des chercheurs et des enseignants utilisent la définition proposée par Albert MEMMI; elle a été répandue dans le grand public grâce à son adoption par l’Encyclopaedia Universalis. »Le racisme est une expérience vécue » dit-il. Lui qui a vécu le colonialisme et le nazisme.
On aura remarqué la précieuse absence de la couleur, de la religion, de la race…ou de quelque autre déterminant.

3 – Cette définition nous renvoie au racisme comme pathologie qui a perverti l’humain, au-delà de toutes les caractéristiques dont il est affublé habituellement. Il ne peut y avoir de jalousie dans ce domaine. Nous sommes tous portés, peu ou prou, au rejet de ceux qui ne nous ressemblent pas.
Et il n’y a pas un racisme spécifique.
En réaction à Marion Maréchal, j’ai répondu :  » Je n’ai pas à m’excuser de quoi que ce soit en tant que citoyen d’origine immigrée. La citoyenneté transcende tous les critères d’appartenance ». A bon entendeur !
Non sans ajouter : « C’est fondamentalement une affaire de citoyenneté. Si chaque citoyen, au-delà de ce qui le regarde en propre, s’en tenait au respect des droits et devoirs prescrits par la république, nous n’en serions pas là. Cela dit, je n’oublie pas l’immense responsabilité des pouvoirs publics qui par leur laxisme ont généré la situation actuelle. Il y a besoin d’autorité et « sans un Etat fort, la république se défait », disait De Gaulle ».

3 – Nous sommes dans une hystérie générale : on censure un chef d’oeuvre du cinéma « Autant en emporte le vent »; « antiraciste » devient le pire des sobriquets; on ne parle qu’en couleurs; et on va certainement se rappeler que le héro du film « devine qui vient diner ce soir », Sydney Poitier, qui jouait le rôle d’un médecin intervenant sur des projets internationaux, est un traître, un vendu.
Mais on s’entend bien, cette réalité ne tombe pas du ciel, elle nest pas advenue par hasard.
Ce contexte est voulu et favorisé par le pouvoir. « A qui profite le crime? ».
C’est du pain béni pour Macron. D’ailleurs on n’a pas interdit, et même facilité les manifestations contre le racisme. On veut que le match de 2017 se rejoue en 2022. Mais cette fois les gens sont prêts à casser le plafond de verre.
Ils ne veulent plus faire barrage à la manière des castors.

4 – Par quelle manipulation machiavélique une noble cause se transforme en son contraire? L’antiracisme est tout soudain pointé du doigt, nonobstant une simplification et un amalgame scandaleux.
Et on a fait de cette cause celle de délinquants notoires mêlés à des contrebandiers de l’islam et des bouseux identitaires traînant un complexe de persécution éternelle.
La stratégie est éculée,: il y a de la diversion pour détourner l’attention des citoyens des véritables problèmes; il y a la ruse qui consiste à créer des problèmes puis offrir la solution, de sorte que le public soit demandeur de mesures qu’on souhaite lui faire porter; il y a la création de la crise ou son amplification pour faire accepter comme mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

5 – Castaner, après avoir traîné dans la boue la police nationale, regrette ses paroles. En somme, depuis son installation, ce gouvernement commet des erreurs, fait des bourdes, érige l’improvisation en mode de gestion, sans rien anticiper… Ensuite il est désolé, il ne savait pas que cela provoquerait ces réactions, il s’excuse : pitoyable, lamentable et misérable.
Une consolation : les syndicats de police ont pris sérieusement l’affaire en main. Ils vont le ratatiner, l’éliminer, avoir sa peau. Et il ne restera de lui comme de son chef et promoteur d’ailleurs, qu’une sombre image d’intrusion.
Par leur faute la France se défait.
Je ne condamnerais jamais la police pour trop de fermeté, il y a besoin d’ordre et d’autorité. En Algérie, j’ai défendu les militaires contre les islamistes. J’étais pour l’éradication du cancer de l’islamisme.
La police est à l’image de la société, elle n’est plus ou moins raciste que toutes les composantes humaines qui la constituent.
Je retiens cependant que la société française est la société la plus exogamique au monde : si c’est ça le racisme, j’en redemande.

6 – J’ai remarqué qu’à chaque fois qu’on s’exprime au printemps républicain, c’est pour dire des énormités. Rendre hommage aux « familles noires et arabes » qui éduquent leurs enfants est une monstruosité. Quand la normalité devient performance, il ne faut pas s’étonner du racisme. On ne peut donc pas condamner les autres quand on est soi-même pénétré des pires complexes et préjugés.
Il faut se rappeler que le pauvre bougre, un mangeur à tous les râteliers, qui a fait cette déclaration est coutumier du fait. C’est lui qui a récompensé la folle de cantinière qui ne voulait pas que le cercueil de son fils côtoie celui des mécréants : bêtise et racisme.
Je termine ce délire sur une historiette : El Ma’mun (Baghdad 9è siècle), calife lumineux s’il en fut, et selon ce qu’on rapporta, après avoir rêvé s’être entretenu avec ARISTOTE.

« Qui es-tu ? Il dit : « Je suis Aristote ». Je fus enchanté de me trouver avec lui et je lui demandai :
Ô philosophe, puis-je te questionner ?
Questionne.
Qu’est-ce que le bien ?
Ce qui est bien selon l’esprit.
Et ensuite ?
Ce qui est bien selon la Loi.
Et ensuite ?
Ce qui est bien selon l’opinion des gens.
Et ensuite ?
Il n’y a pas d’ensuite »

par Khaled Slougui

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