Une récupération qui fait honte à voir

HUMEUR DU JOUR

UNE RECUPERATION QUI FAIT HONTE A VOIR

Suite à la tragédie de notre dame, j’ai réagi en toute pudeur par « une lettre à Paname ». Dieu et la religion n’étaient pas conviés. Pour moi, il s’agissait d’un évènement national qui concernait certes un édifice religieux, mais le caractère culturel surplombe le caractère religieux. Et c’est ce qui explique le large mouvement de sidération de tout un peuple qui voit un repère historique de première importance partir en fumée.
Oui! Marcel Gauchet avait raison en affirmant que : « une religion ne fait pas à elle seule une culture ». Or ne voila-t-il pas qu’un hold up est pratiqué sans crier gare, au profit du singulier religieux et au détriment de l’universel profane.
Réagissant spontanément, ma lettre se voulait être l’expression de condoléances qu’on présenterait à une maman qui vient de perdre un enfant.
J’ai choisi délibérément le registre de la poésie, donc de la culture, car Paris pour moi, c’est d’abord ça, d’où ma déclaration « je t’aime à ma façon ». Et chacun a le droit de l’aimer à sa façon, selon l’histoire qu’il a eue avec elle.
Quoi de mieux dans ce domaine que Reggiani récitant Apollinaire, la déclaration d’amour de Ferre, ou Brassens célébrant l’amitié à travers des bois.
Le lecteur ne s’y est pas trompé, il a compris le message qui transcendait toute forme d’appartenance.
Cependant, ce moment de « douce » tristesse a laissé chez moi place à de la colère et du dégoût.
La récupération politique qui a été tentée n’honore pas le pouvoir. Elle fait honte à voir.
En général, loin des projecteurs, j’arrive à anticiper les évènements, d’aucuns y verraient de la perspicacité, d’autres la marque d’une paranoïa aigue; peu importe, dans un cas comme dans l’autre, j’assume, je persiste et signe.
En effet, dès qu’il y a eu l’annonce du report du discours justifié par les journalistes aux ordres, j’ai compris qu’il allait y avoir une embrouille, pour ne pas dire une récupération bête et méchante.
La France devint, l’espace de quelques heures, quelques jours, une nation de croyants, faute d’être celle des citoyens.
Décidément c’est la laïcité qui est en berne.
Pourquoi reporter le discours, si ce n’est par calcul politique; l’on se serait attendu au contraire à une grande prestation qui marquerait les esprits et qui ferait passer pour de bon le président au statut de vrai Jupiter.
Faute de cela, nous avons eu droit à un exercice banal, avec toujours un style pompeux qui rappelle trop le chahut d’un gamin gâté, à mille lieues des exigences du moment.
Son intervention était pitoyable. Il n’empêche que de ce drame, il tire profit. Du coup exit les gilets jaunes, plus de synthèse du débat national et place au Religieux. Il aurait tort d’exiger de la providence plus qu’elle ne peut donner. Les faits vont le rattraper, à n’en pas douter.
Et l’éternelle rengaine de l’unité nationale n’a pas sa place dans ce cas de figure, elle n’est pas opportune. Non! Je ne marche pas.
La surenchère patriotique et la séquence d’émotion, où l’on pleure sur commande et en direct à la télé ne m’intéressent pas; je reste plutôt sensible à la désinvolture et l’impertinence au sens de Bernard Pivot, mais sans faire de tort à personne.
Heureusement que de vrais républicains, n’ont pas joué le jeu, à l’instar du CHE (Chevènement) dont la réaction ne s’est pas fait attende : « Ce n’est pas seulement Notre Dame qu’il faut rebâtir, c’est le patriotisme français, c’est l’Histoire de France, notre récit national, notre République ».
Voila une réponse à la hauteur de l’évènement. En quelques mots taillés sur mesure, tout est dit. En effet, le malaise est profond, et l’attitude du pouvoir est à contre temps des exigences. Et ce n’est pas l’appel du pied au bon Dieu qui réalisera des miracles.
En réaction à la réaction, me vient tout soudain à l’esprit de convoquer la philosophie, à travers Voltaire et Marx, excusez du peu; je parle ici de la philosophie comme expression la plus aboutie de la culture. Et Paris, que cela plaise ou pas, en est le haut lieu depuis des siècles

– Voltaire dans « Lettre à Formont »- Voltaire en verve-

« Il n’appartient point à un prêtre d’écrire l’histoire; il faut être désintéressé sur tout, et un prêtre ne l’est sur rien ». Il aurait aussi bien pu dire, imam, rabbin, pasteur…(13 février 1735)

-Marx dans contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel (1843)

« La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans coeur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple ».

Conclusion : En réalité, cette Humeur d’aujourd’hui, je l’ai décidée en dernière minute et pour cause.
Aujourd’hui est un jour particulier, c’est mon anniversaire. Je ne m’en suis rappelé qu’ en constatant l’afflux de petits coeurs, de mots doux, d’encouragements…
C’est donc en guise de remerciements anticipés que j’ai conçu ce petit texte pour parler d’une certaine idée de la république.

Donc voila! Je suis là avec mon délire, même si je dois préciser que je ne suis pas antireligieux.

Je vous aime!

A la prochaine? sans doute!

par Khaled Slougui

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